Yoga pour aînés : des singeries ça!

Il faut que je vous raconte !

Par un beau matin d’automne, j’étais assise dans un café avec mon ordi à travailler ma fin de mois de comptabilité (grrrr !). J’avais pris soin de choisir ma boisson préférée et la table au soleil, question de m’énergiser et de me motiver un peu (hihi). Tout à coup, je vis arriver dans ma boite courriel le message d’un homme cherchant un prof de yoga dans ses résidences pour aînés. « Ma clientèle est très âgée et non autonome…»

J’ai hésité à prendre le contrat, par peur… Je me disais qu’il serait très difficile de faire du yoga avec cette clientèle (certains ont à peine conscience qu’ils sont dans un cours de yoga), que je manquais de compétence avec cette clientèle vulnérable, que je n’étais pas une professionnelle de la santé, qu’il y avait des risques… Voyez le genre.

J’ai dit OUI. En fait, je me suis rappelée les mots de mon mentor de yoga, Geneviève Laquerre: "en tant que prof, on doit adapter le yoga aux gens et non l’inverse". À l’époque, ses paroles s’étaient enracinées dans ma mémoire et dans mon cœur, et sont d’ailleurs devenues la mission de Thera yoga. J’ai donc dit oui, assumant du même coup le fait que je devrais sortir de ma zone de confort. Et j’en avais envie. Je trouvais mon réconfort en me disant que je serais une prof débutante avec une intention bienvaillante… Je comptais sur mon expérience d’adaptation du yoga à tellement d’autres clientèles, qui m’aiderait certainement. Je serais engagée pour être prof de yoga, et rien d'autre, sans aucun autre chapeau.


Zortie de zone

Ce qui devait arriver arriva. Les premières séances m’ont royalement sorties de ma zone de confort : Pour la première fois de ma vie, j’avais devant moi des gens presque tous en fauteuil roulant, 85-90 ans en moyenne, quelques yeux confus ou désorientés par la maladie, des gens qui… POUF ! s’endormaient en pleine séance, des gens paralysés d’un côté donc limités dans leurs mouvements, ou qui se mettaient tout à coup à chanter à cœur joie. 

ET j’avais envie de continuer, de m’adapter à eux, de sourire avec eux avec grand respect. Mon objectif de départ était de leur faire connaître les branches du yoga et tout ce qu’il peut apporter. Mon objectif aujourd’hui : les faire bouger, respirer et leur apporter mes rayons de soleil. J’ai appris à connaître cette belle clientèle attachante qui m’émeut, m’éveille et me fait prendre conscience que la vie est courte et vaut la peine d’être vécue. Je réalise aussi que le yoga et la pleine conscience m’ont appris l’humilité, l’adaptation, le plaisir des choses simples de la vie, et surtout l’ouverture...

Ouverture

Oui, l’ouverture ! L’autre jour, une nouvelle personne âgée a participé à mon cours... En fait, on l’avait placé dans mon cours pour lui faire découvrir le yoga. Elle était fermée, crispée, raide. Elle n’avait pas envie d’être là, ça se sentait. Dès les premiers mouvements, je l’ai entendue dire à sa voisine : « C’est des singeries ça !!! ». J’ai failli éclater de rire, de bon cœur ! Et j’ai modifié mon discours juste pour elle. Pour lui faire du bien, pour semer une petite graine, en expliquant à chaque fois la raison de chaque respiration et de chaque mouvement... Pour que ça fasse du sens, pour elle. Et cette situation m’a fait bien réfléchir..

Dans mes séances avec les aînés en grande perte d'autonomie, j'ai vu du plaisir autant que de la souffrance, des sourires sincères autant que du rejet subtil entre les participants. J'ai vu du bonheur pur et j'ai vu des gens qui n'ont pas eu le temps de se rendre à la toilette, souvent. J'ai vu des yeux rieurs, j'ai vu des proches visiter les leurs de bon coeur. J'ai vu des couples encore ensemble, wow!

Comment j’ai envie d’être, moi une fois plus âgée ? J’ai le goût de récolter ce que j’aurai nourri et semé durant ma vie active, selon mes capacités. Et vous ?


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